En lisant cette interview d'un jeune collaborateur, transmise par un lecteur de mon blog, ce passage : « En fait, c’est simple, on n’est pas managé. Contrairement au stagiaire qui n’a quasiment rien le droit de faire, le jeune collaborateur est assez seul dans son travail » m’a donné l’idée du post qui suit...et d'autres à venir.
Je précise d’entrée que j’estime être un peu formé au sein du cabinet. J’insiste sur le « un peu » parce j’ai bien conscience que je ne le suis pas à la hauteur des attentes que j’avais placées dans mon statut de collaborateur junior, lequel fait que je suis, par définition, en constante demande de formation.
Disons qu’à quelques rares exceptions près, l’avocat qui dit à son futur collaborateur (qu’il espère alors appâter), qu’au sein de son cabinet, il aura la chance d’être formé, ne dit pas toute la vérité.
Et pour cause, les associés et les collaborateurs seniors d’un cabinet d’avocats ont, dans leur grande majorité, peu de temps...pour accomplir beaucoup de choses.
Vous remarquerez d’ailleurs que dans la phrase : « Ici, vous aurez la chance d’être formé », rien n’est dit sur la personne qui dispensera cette formation, ni sur le temps qui sera consacré à ladite formation.
En essayant de ne pas trop caricaturer la situation, pour la plupart des cabinets le seul maillon de la chaîne qui mérite une formation digne de ce nom est le stagiaire.
Le collaborateur est différent. Il coûte cher de l’heure et doit donc savoir tout faire ou presque et le faire parfaitement...ou presque.
Le but étant que le travail qu’il réalise demande, en termes de relecture et de validation, le moins de temps aux associés et aux collaborateurs seniors qui le corrigent.
Ainsi, puisque le temps manque, il faut qu’il soit utilisé de la meilleure des façons.
Pour cela, il est donc nécessaire que le temps de celui qui compte le plus (l’associé) soit utilisé à bon escient.
S’il sert à former et non pas à faire l’essentiel, corriger les écritures et autres consultations rédigées par ses collaborateurs, c’est qu’il est « mal utilisé ».
Je mets « mal utilisé » entre guillemets, parce je ne doute pas une seule seconde que l’associé a bien conscience du fait que s’il forme son collaborateur, ce dernier aura moins de difficultés à appréhender les questions juridiques qui se poseront dans ses futures conclusions et consultations et que ce temps, consacré dès l'origine, se révèlera comme étant du temps de gagner, à court ou moyen terme.
Cela étant dit, il est difficile de nier que dans un cabinet d’avocats, le temps présent a une fâcheuse tendance à prendre le dessus sur le temps futur...
mercredi 9 décembre 2009
lundi 7 décembre 2009
A la croisée des chemins
Même si une année de collaboration reste une courte expérience à l’échelle d’une carrière, elle est souvent riche d’enseignements.
Quelques-uns de mes confrères ont, sur cette même période, déjà connu plusieurs collaborations. Certains ont quitté volontairement (ou contre leur gré) jusqu’à trois cabinets d’avocats dans ce laps de temps.
Les raisons ne sont pas étrangères au fait que le cabinet d’avocats est une sorte de « petite entreprise » dans laquelle les rapports de force, la hiérarchie et la pression sont très souvent exacerbés.
Certains avaient pu s’en apercevoir au gré de leurs stages, d’autres m’ont avoué ne pas s’être imaginés une seule seconde que cela l'était à ce point.
Dans ces conditions, quel que soit votre caractère, vos compétences ou votre capacité de résistance à la pression, rien ne vous garantit que vous vous sentirez bien dans tel ou tel cabinet d’avocats.
Ajoutez à cela le fait que l’on attende traditionnellement beaucoup plus d’un stagiaire que d’un collaborateur et vous obtenez ce cocktail qui pousse déjà certains de mes confrères à s’engager vers d’autres cieux ; notamment le métier de juriste.
Puisqu’il n’y a, fort heureusement, pas que des expériences difficiles dans ce métier, de nombreux confrères et amis sont très satisfaits de leur collaboration.
Certains d'entre eux aspirent même (déjà) à voler de leurs propres ailes, tellement leur expérience se révèle concluante et encourageante pour la suite...
Quelques-uns de mes confrères ont, sur cette même période, déjà connu plusieurs collaborations. Certains ont quitté volontairement (ou contre leur gré) jusqu’à trois cabinets d’avocats dans ce laps de temps.
Les raisons ne sont pas étrangères au fait que le cabinet d’avocats est une sorte de « petite entreprise » dans laquelle les rapports de force, la hiérarchie et la pression sont très souvent exacerbés.
Certains avaient pu s’en apercevoir au gré de leurs stages, d’autres m’ont avoué ne pas s’être imaginés une seule seconde que cela l'était à ce point.
Dans ces conditions, quel que soit votre caractère, vos compétences ou votre capacité de résistance à la pression, rien ne vous garantit que vous vous sentirez bien dans tel ou tel cabinet d’avocats.
Ajoutez à cela le fait que l’on attende traditionnellement beaucoup plus d’un stagiaire que d’un collaborateur et vous obtenez ce cocktail qui pousse déjà certains de mes confrères à s’engager vers d’autres cieux ; notamment le métier de juriste.
Puisqu’il n’y a, fort heureusement, pas que des expériences difficiles dans ce métier, de nombreux confrères et amis sont très satisfaits de leur collaboration.
Certains d'entre eux aspirent même (déjà) à voler de leurs propres ailes, tellement leur expérience se révèle concluante et encourageante pour la suite...
jeudi 3 décembre 2009
Mutualiser les connaissances
J’exerce dans ce que l’on peut décrire comme une structure de taille moyenne. On qualifie souvent de cette façon les cabinets dans lesquels il y a entre 15 et 30 avocats.
Quand je compare mes conditions de travail à celles de certains de mes confrères qui travaillent dans des petites structures (1 à 5 avocats), je perçois mieux quelques uns des avantages qu’il y a à pouvoir être dans ce type de cabinet.
J'ai tendance à croire que lorsque vous travaillez dans une toute petite structure, les échanges entre avocats sur des points de droit sont moins fréquents que ne peuvent l’être ceux entre collaborateurs qui, au sein de moyennes ou grandes structures, organisent notamment une veille juridique spécifique aux domaines du droit et les problématiques couverts par chacun des départements.
Dans ce métier, le fait d’échanger régulièrement avec quelqu’un d’aussi, de moins ou de beaucoup plus expérimenté que soit, apporte toujours quelque chose au débat.
Savoir mutualiser les connaissances vaut parfois autant que l’expérience…
Quand je compare mes conditions de travail à celles de certains de mes confrères qui travaillent dans des petites structures (1 à 5 avocats), je perçois mieux quelques uns des avantages qu’il y a à pouvoir être dans ce type de cabinet.
J'ai tendance à croire que lorsque vous travaillez dans une toute petite structure, les échanges entre avocats sur des points de droit sont moins fréquents que ne peuvent l’être ceux entre collaborateurs qui, au sein de moyennes ou grandes structures, organisent notamment une veille juridique spécifique aux domaines du droit et les problématiques couverts par chacun des départements.
Dans ce métier, le fait d’échanger régulièrement avec quelqu’un d’aussi, de moins ou de beaucoup plus expérimenté que soit, apporte toujours quelque chose au débat.
Savoir mutualiser les connaissances vaut parfois autant que l’expérience…
samedi 21 novembre 2009
Whatever works
Le contentieux comme le conseil font appel à un sens aigu de la stratégie de la part de l’avocat.
Le contentieux implique que vous rédigiez assignations et conclusions en vous préfigurant d’ores et déjà ce que le confrère adverse sera susceptible de vous rétorquer dans ses conclusions en défense.
Le conseil, quand il s’agit de rédiger des contrats ou de négocier des accords, consiste souvent à placer les clauses et les articles les plus favorables aux intérêts de votre client de la façon la plus habile possible, afin qu’ils soient acceptés par l’autre partie.
Même si les contentieux et les contrats peuvent se ressembler et qu’une expérience significative en la matière est donc utile, force est de constater que chaque dossier à son histoire, notamment parce que les interlocuteurs et leur façon de faire sont différents.
Chaque affaire doit donc être abordée avec vigilance et sans excès de confiance, tant l’erreur de procédure ou l’oubli d’une clause importante ou préjudiciable dans un contrat est possible.
Le client demande à son avocat d’être un fin stratège, en plus d’un excellent juriste. Il attend de lui qu’il obtienne le résultat escompté et se préoccupe finalement assez peu de la manière dont il a procédé pour y arriver.
Le tout, c’est que ça marche…
Le contentieux implique que vous rédigiez assignations et conclusions en vous préfigurant d’ores et déjà ce que le confrère adverse sera susceptible de vous rétorquer dans ses conclusions en défense.
Le conseil, quand il s’agit de rédiger des contrats ou de négocier des accords, consiste souvent à placer les clauses et les articles les plus favorables aux intérêts de votre client de la façon la plus habile possible, afin qu’ils soient acceptés par l’autre partie.
Même si les contentieux et les contrats peuvent se ressembler et qu’une expérience significative en la matière est donc utile, force est de constater que chaque dossier à son histoire, notamment parce que les interlocuteurs et leur façon de faire sont différents.
Chaque affaire doit donc être abordée avec vigilance et sans excès de confiance, tant l’erreur de procédure ou l’oubli d’une clause importante ou préjudiciable dans un contrat est possible.
Le client demande à son avocat d’être un fin stratège, en plus d’un excellent juriste. Il attend de lui qu’il obtienne le résultat escompté et se préoccupe finalement assez peu de la manière dont il a procédé pour y arriver.
Le tout, c’est que ça marche…
jeudi 12 novembre 2009
La relation collaborateur/associé/client
J’ai longtemps cru que l’associé d’un cabinet était celui qui, du haut de sa pyramide, dictait aux uns et aux autres les tâches qu’ils devaient accomplir et le temps qu’ils avaient pour les achever.
C’était sans compter sur un autre intervenant qui n’est autre que le client dudit associé.
Il n’est pas rare qu’il considère son avocat comme un simple prestataire de services et comme LA bouée de sauvetage qui intervient lorsque la situation est devenue beaucoup trop complexe pour lui ou pour l’équipe de juristes de son service juridique.
La conséquence directe de cette sollicitation tardive est que les délais d’intervention accordés à l’avocat sont souvent très courts pour trouver une solution au problème exposé par le client. Il n’empêche que cette solution doit être trouvée "ASAP" (cf. As soon as possible).
Dans ces conditions, un associé digne de ce nom accepte de relever le défi ("business" oblige), tout en subissant la pression qu’exerce sur lui un client désemparé, pressé et pressant.
Il ne tarde donc pas à communiquer cette pression et la deadline imposée par son client à ses collaborateurs, lesquels n’ont plus qu’à terminer, en plus de leurs dossiers déjà très urgents, le travail urgentissime confié quelques minutes auparavant par le client.
Parce qu’il est roi, il n’est donc pas rare que ce soit le client qui dicte sa loi à l’avocat…
C’était sans compter sur un autre intervenant qui n’est autre que le client dudit associé.
Il n’est pas rare qu’il considère son avocat comme un simple prestataire de services et comme LA bouée de sauvetage qui intervient lorsque la situation est devenue beaucoup trop complexe pour lui ou pour l’équipe de juristes de son service juridique.
La conséquence directe de cette sollicitation tardive est que les délais d’intervention accordés à l’avocat sont souvent très courts pour trouver une solution au problème exposé par le client. Il n’empêche que cette solution doit être trouvée "ASAP" (cf. As soon as possible).
Dans ces conditions, un associé digne de ce nom accepte de relever le défi ("business" oblige), tout en subissant la pression qu’exerce sur lui un client désemparé, pressé et pressant.
Il ne tarde donc pas à communiquer cette pression et la deadline imposée par son client à ses collaborateurs, lesquels n’ont plus qu’à terminer, en plus de leurs dossiers déjà très urgents, le travail urgentissime confié quelques minutes auparavant par le client.
Parce qu’il est roi, il n’est donc pas rare que ce soit le client qui dicte sa loi à l’avocat…
lundi 9 novembre 2009
L'art de la plaidoirie
Je plaide assez régulièrement, mais je dois reconnaître que les plaidoiries se suivent sans pour autant se ressembler.
Il m’arrive de plaider un dossier dont le fond n’a pas été préparé par moi et pour lequel je remplace un confrère du cabinet empêché à la dernière minute. Dans ces conditions, j’ai encore quelques difficultés à me détacher de mes notes durant l’audience.
Je plaide parfois des affaires pour lesquelles le fait d’avoir réellement travaillé dessus ne change pas grand-chose à la réalité qui veut que la situation du client soit difficilement « défendable ».
À côté de cela, il n’est pas rare que j’aille défendre des dossiers sur lesquels j’ai travaillé suffisamment pour les plaider « les yeux fermés », et ce, d’autant plus que les faits et le droit me donnent d’emblée un véritable ascendant sur mon contradicteur.
Dans ce cas de figure, et pour peu que vous soyez à l’aise à l’oral, vous avez la possibilité de démonter point par point l’argumentation de votre confrère tout en y mettant le ton et la gestuelle (voire l’humour) qui ont le don de tenir les juges en haleine.
C’est à cet instant que la plaidoirie devient un réel plaisir. Tel un musicien, votre travail ne consiste plus qu'à combiner les mots d’une manière agréable à l’oreille…
Il m’arrive de plaider un dossier dont le fond n’a pas été préparé par moi et pour lequel je remplace un confrère du cabinet empêché à la dernière minute. Dans ces conditions, j’ai encore quelques difficultés à me détacher de mes notes durant l’audience.
Je plaide parfois des affaires pour lesquelles le fait d’avoir réellement travaillé dessus ne change pas grand-chose à la réalité qui veut que la situation du client soit difficilement « défendable ».
À côté de cela, il n’est pas rare que j’aille défendre des dossiers sur lesquels j’ai travaillé suffisamment pour les plaider « les yeux fermés », et ce, d’autant plus que les faits et le droit me donnent d’emblée un véritable ascendant sur mon contradicteur.
Dans ce cas de figure, et pour peu que vous soyez à l’aise à l’oral, vous avez la possibilité de démonter point par point l’argumentation de votre confrère tout en y mettant le ton et la gestuelle (voire l’humour) qui ont le don de tenir les juges en haleine.
C’est à cet instant que la plaidoirie devient un réel plaisir. Tel un musicien, votre travail ne consiste plus qu'à combiner les mots d’une manière agréable à l’oreille…
mardi 3 novembre 2009
« Sois-toi même, mais pas trop ! »
En cette période où de nouveaux avocats prêtent serment, cette phrase pourrait être l’un des commandements du bon petit collaborateur junior qu’ils aspirent probablement à devenir.
Aussi brillant et talentueux soit-il, le collaborateur doit, en effet, garder à l’esprit qu’il ne peut se permettre d’oublier qu’en intégrant un cabinet d’avocats, il intègre une structure qui a ses habitudes et dans laquelle l’ego des avocats qui la compose doit être ménagé.
Il ne lui est donc pas interdit de dire ce qu’il pense, mais il doit faire attention de ne pas dire TOUT ce qu’il pense.
Il peut prendre des initiatives, mais prendre garde à ne pas froisser les susceptibilités de ceux qui n’en prennent pas.
Il ne lui est pas interdit de critiquer le fonctionnement du cabinet, mais s’il peut éviter de le faire devant témoins ; c’est mieux.
Que le collaborateur junior soit rigoureux et efficace dans le travail qu’il effectue est une donnée importante, mais elle compte au moins autant que sa capacité à se fondre dans le moule du cabinet dans lequel il exerce.
À bon entendeur...
Aussi brillant et talentueux soit-il, le collaborateur doit, en effet, garder à l’esprit qu’il ne peut se permettre d’oublier qu’en intégrant un cabinet d’avocats, il intègre une structure qui a ses habitudes et dans laquelle l’ego des avocats qui la compose doit être ménagé.
Il ne lui est donc pas interdit de dire ce qu’il pense, mais il doit faire attention de ne pas dire TOUT ce qu’il pense.
Il peut prendre des initiatives, mais prendre garde à ne pas froisser les susceptibilités de ceux qui n’en prennent pas.
Il ne lui est pas interdit de critiquer le fonctionnement du cabinet, mais s’il peut éviter de le faire devant témoins ; c’est mieux.
Que le collaborateur junior soit rigoureux et efficace dans le travail qu’il effectue est une donnée importante, mais elle compte au moins autant que sa capacité à se fondre dans le moule du cabinet dans lequel il exerce.
À bon entendeur...
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