dimanche 28 mars 2010

Une affaire qui compte

Quelques affaires comptent plus que d’autres, notamment parce que la personne dont vous défendez les intérêts tient absolument à obtenir un jugement dont elle a besoin pour tenir le coup psychologiquement et/ou pour s’en sortir financièrement.

Elle vous fait régulièrement part de ces craintes et dans ce contexte difficile, elle met sur vous une pression indirecte dont il est difficile de se détacher.

Le jour venu, vous plaidez en espérant que le juge fera droit à vos demandes et quand, quelques semaines plus tard, intervient le délibéré vous êtes impatient d’appeler votre client pour lui dire que l’un de ces problèmes vient de trouver une issue judiciaire favorable.

Cette affaire vous aura peu rapporté financièrement, mais les remerciements nourris et sincères de votre client contribuent à faire de vous un avocat heureux…

samedi 20 mars 2010

La stratégie judiciaire

J’ai déjà eu l’occasion d’indiquer à quel point la stratégie judiciaire avait sa place dans certains dossiers.

Plus le temps passe et plus j’en prends conscience.
Il n’est, en effet, pas rare que le client qui nous sollicite n’ait aucune idée préconçue de la stratégie à adopter.

Il s’en remet donc à son avocat pour qu’il agisse au mieux de ses intérêts.
Quand il apparaît que le client est surtout intéressé par le fait d’être dédommagé du préjudice qu’il a subi et qu’il semble qu’une longue et coûteuse procédure ne l’intéresse pas plus que cela, il est toujours possible de se rapprocher de la partie adverse de façon à envisager avec elle un règlement amiable du litige.

Paradoxalement, le fait de proposer dès l'origine une issue transactionnelle implique de préparer le dossier aussi bien, sinon mieux, que quand on s’apprête à intenter une action pour le compte du client.

Le but est, en effet, de convaincre son interlocuteur, après une lecture des pièces et des arguments, qu’il a tout intérêt à accepter la proposition qui lui est faite, tant l’issue d’un procès ne fait aucun doute.

Il doit être convaincu que proposer X euros maintenant lui évitera d’en payer X euros fois 10 dans quelques mois avec en prime les frais d’avocats à couvrir.

Hormis le cas de figure où la somme proposée en dédommagement est ridicule et donc inacceptable pour nos clients, ce type d’arrangements « entre amis » est profitable à tous.

samedi 6 mars 2010

Les mêmes causes produisent les mêmes effets

J’ai régulièrement des échanges avec des amis de la même promotion que moi sur ce qu’il peut y avoir de compliqué dans cette profession d’avocat.
Notamment sur la difficulté qu’il y a à gérer les égos des uns et des autres, à trouver le temps nécessaire pour gérer une clientèle personnelle, mais aussi à conserver une vie privée digne de ce nom.

Mis à part les associés et les collaborateurs seniors de mon cabinet avec qui j’ai des échanges, sur ces différents points, que je qualifierai d’assez convenus, j’ai, pour ainsi dire, rarement l’occasion de discuter à bâton rompu, avec des avocats beaucoup plus expérimentés que moi, de la meilleure façon pour un collaborateur junior de tirer son épingle du jeu.

Une fois n’est pas coutume, j’ai récemment rencontré un avocat d’un peu plus de 6 ans d’expérience, lequel était associé d’un cabinet qu’il avait lui-même créé après avoir fait ses armes dans deux des plus grands cabinets de la place de Paris.

C’était l’archétype du bosseur, conscient de ce qu’attendent vraiment ses clients et qui sait pertinemment, pour l’avoir fait quelques années plus tôt, ce qu’il vaut mieux faire quand on est un collaborateur junior, un tant soit peu ambitieux.

Toutes les situations que je lui exposais lui étaient familières.

J’ai donc pris bonne note de l’ensemble de ses recommandations et mises en garde, en gardant à l’esprit que dans ce métier, les mêmes causes produisent bien souvent les mêmes effets...

samedi 27 février 2010

Tout travail mérite salaire…ou presque

L’un des inconvénients qu’il y a être avocat est que l’on est souvent sollicité par un entourage qui n’hésite pas à nous demander des conseils...gratuits.

Quand il s’agit d’amis, on est toujours tenté de le faire gratuitement.
Cependant, quand le conseil en question implique de devoir y consacrer temps et qu’il peut rapporter de l’argent à celui qui me sollicite, je ne me gêne plus pour lui expliquer que le travail d’un avocat, ne se résume pas à plaider des affaires devant les tribunaux, mais consiste bien souvent à donner le meilleur conseil possible à son client afin qu’il puisse prendre la position la plus favorable à ses intérêts.

Dans le milieu, on a coutume de dire (à tort ou à raison) qu’il ne nous viendrait pas à l’esprit d’aller voir un ami coiffeur et de se faire couper les cheveux gratuitement dans son salon, ni même d’aller chez un ami restaurateur et d’y manger sans régler la note.

Mis à part lorsque la situation l’exige, il n’y a donc aucune raison valable que l’avocat fasse exception à la règle.

samedi 20 février 2010

Transmission de clientèle

La « nouvelle » génération des avocats, dont je fais partie, est probablement plus spécialisée que ne l’étaient les précédentes, qui pouvaient se vanter de pratiquer une activité beaucoup plus généraliste.

Sans laisser tomber l’idée d’intervenir dans des matières qui ne sont pas les miennes, j’ai tendance à orienter les clients qui s’adressent à moi, pour que j’intervienne dans des domaines que je ne maîtrise pas bien, vers des confrères et amis qui sont beaucoup plus familiers de ces matières.

La réciproque est vraie, puisque que quelques clients personnels me sont venus par l’intermédiaire d’amis avocats.

Quand je reçois un nouveau client, alors que je me sais déjà assez débordé par le travail que me confie mon cabinet et celui que j’ai pour le compte de mes clients personnels, j’essaye de jauger le temps que cela me prendra pour lui donner satisfaction.

Si j’estime que le problème juridique est simple et qu’il peut être résolu dans un temps raisonnable, je l’accepte sans trop me poser de question. Si je le juge complexe et surtout particulièrement chronophage, il me reste la possibilité d’apporter l’affaire au cabinet dans lequel je suis, afin que le temps que j’y consacrerais ne me soit pas ensuite reproché.

L’intérêt de ce système est que je peux continuer à suivre ce client, profiter de l’expertise des associés et collaborateurs de mon cabinet, tout en étant, en tant qu’apporteur d’affaires, intéressé à un pourcentage de ce qu’il rapportera.

Il existe, en réalité, toujours la tentation d’accepter tous les clients qui se présentent, mais je sais, grâce à l’expérience de certains de mes amis plus expérimentés que moi dans cette profession, que la situation devient vite intenable, sauf à accepter de travailler quasiment tous les week-end et de ne plus avoir de vie privée.

jeudi 11 février 2010

Points de vue extérieurs

Il m'arrive assez régulièrement de me retrouver entre amis qui n'exercent pas du tout le même métier que moi.

Qu'ils soient médecins, ingénieurs, juristes, fonctionnaires, artistes ou étudiants, j’ai pu constater que le regard qu'ils portent sur mon métier est souvent partagé entre l'attirance et la répulsion.

J'ai régulièrement avec eux de longs débats sur ce métier et l’intérêt que je lui porte.

Nombreux sont ceux qui me confient ne pas arriver à comprendre la capacité d'investissement en temps dont sont capables certains avocats, et ce, pour des rémunérations à peine supérieures voire inférieures aux leurs.

L'un d'entre eux, à qui je répondais que c'est un peu le propre de ce métier que de ne pas vraiment avoir d'horaires, m'a répondu ceci : « J'ai beau retourner la situation dans tous les sens, ne serait-ce que pour cette raison, ton métier ne me fait pas du tout envie ».

Je vous fais grâce des regards scandalisés de certains à qui j’ai confié quelques unes des expériences vécues par des confrères et amis au sein de cabinets d’avocats.

Après bientôt un an et demi d’exercice, ces petites réunions entre amis d’horizons différents ont le don de me rappeler le caractère atypique de ma profession, tout en me confortant dans l’idée que c’est aussi parce qu’elle est spéciale que je l’apprécie tant...

mercredi 3 février 2010

Toutes affaires cessantes

Il y a dans ce métier, comme dans d’autres, des urgences qui vous tombent dessus sans prévenir.

Alors que j'imaginais vivre une journée assez « calme » durant laquelle j’avais prévu de finaliser quelques dossiers importants et d’en entamer d’autres, l’un des gros clients du cabinet appelle en catastrophe. Il explique qu’il a besoin de nos services et de notre assistance de façon à ce qu’il puisse avoir les éléments de réponse aux nombreuses questions qu’il se pose au plus tard pour la fin de la journée (19/20h).

Il est bien conscient qu’il nous en demande beaucoup dans un laps de temps très court, mais il est prêt à payer cher pour que soit fait dans les délais précités.

Cette journée commence donc par un coup de téléphone du client à mon associé. L’associé me fait ensuite un debriefing rapide concernant la demande précise du client.
Ses exigences sont claires. J’ai 10h à peine pour répondre aux attentes du client quand, d’ordinaire, il faut au minimum deux jours au junior que je suis pour traiter correctement ce type de problématique.

Etant donné l’urgence, je comprends sans trop de mal qu’il ne serait pas superflu que je prenne une pause déjeuner se résumant à manger quelque chose devant mon bureau en 10 minutes montre en main, si je veux avoir une chance d’être dans les temps.

J’essaie de relativiser la situation en me disant que c’est une bonne façon de tester mes limites ainsi que ma capacité à travailler efficacement dans un temps limité.
Quand vient la fin de la journée, je fais un point avec l’associé impatient et inquiet qui m’a confié ce travail, puis nous présentons ensemble au client, le travail revu et corrigé par ses soins.
Le client rend son verdict. Il est satisfait. L’associé est content qu’il le soit. Je le suis tout autant.

Puisque ce dossier était la priorité de ma journée et que les autres n’ont pas pu être traités, faute de temps, il faut ensuite que je consacre quelques minutes au traitement des affaires en souffrance.

Quelques minutes plus tard ; il est déjà 23h. Je pars donc du cabinet précisément 14 heures après y être arrivé…avec l’espoir que demain sera…un autre jour.