Mon activité est plus tournée vers le contentieux que le conseil, mais force est de constater que même si le conseil aide parfois à prévenir le contentieux, le contentieux ne peut s’envisager (du moins, dans la position du demandeur) sans une première phase ressemblant à s’y méprendre à du conseil.
La problématique est la suivante : un client vient vous voir en vous expliquant que son dossier devrait lui permettre d’agir contre quelqu’un et de lui demander la réparation d’un préjudice qu’il subit. Il en est convaincu et c’est d’ailleurs pour cela qu’il vous charge d’intenter une action.
Dans ce cas de figure, le risque primordial est souvent de trop l’écouter vous certifier qu’il ne peut que gagner une affaire sans prendre le temps d’analyser, les forces mais surtout, les faiblesses du dossier.
Quand je reçois un client personnel ou que je gère l’un des clients du cabinet qui m’emploie, j’essaye de lui expliquer que le risque 0 de perdre n’existe pas. Qu’une action intentée sans succès l’obligera notamment à payer les frais d’avocat du défendeur (article 700 du CPC).
Même si le but n’est pas du tout de lui faire peur ni de le convaincre de changer d’avis, je pars du principe qu’il vaut mieux expliquer ce minimum à son client avant de lancer une procédure. Et ce, que son affaire soit ou non gagnée d’avance.
D’ailleurs, aucun procès n’est gagné d’avance et aucune condamnation n’est à 100% certaine.
Le droit et la procédure ont ceci de particulier qu’il suffit de peu de chose pour que la machine s’enraye.
Certains vont même jusqu’à soutenir que les juges sont des êtres humains qui peuvent donc se tromper et que le droit n’est pas une science exacte.
Quoi qu’il en soit, même si un client averti du risque n’en vaut pas deux, il me semble préférable de lui indiquer, avant toute autre chose, quelle est la règle du jeu.
mardi 7 décembre 2010
jeudi 2 décembre 2010
J’ai un nouveau Bâtonnier
Tous les deux ans a lieu l’élection du Bâtonnier de Paris. Chaque année, le conseil de l’Ordre, dont les membres sont élus pour 3 ans, se renouvèle d’un tiers.
Le bâtonnier, qui est pour ainsi dire le porte parole et représentant des avocats du Barreau de Paris, est élu à l’issue d’une campagne qui dure plusieurs mois et qui, nouvelles technologies oblige, vous amène à recevoir la veille ainsi que le jour de l’élection, la bagatelle d’une cinquantaine de mails et fax en tous genres de la part des candidats au bâtonnat et au Conseil de l’Ordre.
Dans le cadre de ce type d’élections, j’ai tendance à m’intéresser plus aux discours des candidats qui indiquent vouloir se préoccuper de l’avenir des jeunes collaborateurs et à leur condition d’exercice qu’à ceux des autres.
Cette année, certains candidats ont mis en avant le fait que le numerus clausus était inévitable.
Sans rentrer dans le fond du débat, je trouve l’idée contestable. En tant qu’avocat, je n’ai pas eu à subir cette limitation du nombre d’entrée à la profession et je n’aimerais pas l’imposer à d’autres qui sont probablement aussi « méritant » que moi.
Les avocats favorables à cette thèse mettent notamment en avant que la profession ne peut absorber les milliers d’élèves qui obtiennent chaque année le CAPA (Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat).
Sauf que par définition, si la profession ne peut les absorber c’est qu’ils n’exercent pas (encore) cette profession, faute d’avoir trouvé une collaboration.
En ce sens, le processus de sélection par le nombre qu’implique le numerus clausus se fait déjà de façon « naturelle » et donc non imposée.
Qu’une personne constate, après quelques mois, qu’une profession n’est pas faite pour elle ou qu’elle n’a rien à lui offrir, est une chose. Lui indiquer que sauf à faire partie des X personnes les mieux notées d’un concours (lequel jugera essentiellement sa capacité à restituer correctement des connaissances), elle n’aura pas le loisir de vérifier par elle-même si cette profession lui plait, est autre chose.
Même si je ne peux nier que la paupérisation de la profession soit en partie due au nombre d’avocats, je remarque que les personnes favorables au numerus clausus indiquent assez souvent qu’un grand nombre d’avocats quittent rapidement la profession, ce qui serait la preuve qu’elle ne serait pas faite pour eux.
Or, dans mon entourage les quelques personnes que j’ai vu quitter cette profession l’ont fait parce qu’on leur proposait mieux ailleurs (mieux rémunérées avec plus de temps pour leur vie privée). Cela ne les avaient pourtant pas empêché d’être de brillants avocats.
C’est d’ailleurs pour cette raison que des entreprises n’ont pas tardé à les démarcher.
Si dorénavant, chaque année 200 avocats venaient garnir les rangs de la profession au lieu d’environ 1500 actuellement, qui pourrait garantir qu’ils resteront tous dans la profession à long terme ?
Alors que 80% des élèves sortant de l’école d’avocats avouent être « spécialisés » en droit des affaires, comment les cabinets qui cherchent des avocats collaborateurs juniors en droit public, droit pénal, droit social et autres, feront si aucun de ces 200 lauréats n’a de compétence ni de formation dans leurs différents domaines ?
Bref, même si je comprends la motivation première d’un débat autour du numerus clausus (celle d’un gâteau qu’il serait devenu trop difficile de partager eu égard au nombre d’invités), je n’oublie pas que ce même numerus clausus n’est pas la panacée.
En attendant que le nouveau Bâtonnier se penche sur cette question, je viens d’apprendre qu’il s’appelle Christiane Feral Schuhl.
Félicitations à mon confrère qui devient le dauphin de Jean Castelain et qui aura le privilège et l’honneur de lui succéder dans un an.
Pour ceux qui aimeraient savoir de quoi parlent les candidats au bâtonnat quand ils font campagne, la chaine Public Sénat diffusait hier un débat opposant les deux candidats du 2ème tour.
http://www.publicsenat.fr/vod/evenements/debat-des-4-finalistes-au-poste-de-batonnier-de-paris/67474
Le bâtonnier, qui est pour ainsi dire le porte parole et représentant des avocats du Barreau de Paris, est élu à l’issue d’une campagne qui dure plusieurs mois et qui, nouvelles technologies oblige, vous amène à recevoir la veille ainsi que le jour de l’élection, la bagatelle d’une cinquantaine de mails et fax en tous genres de la part des candidats au bâtonnat et au Conseil de l’Ordre.
Dans le cadre de ce type d’élections, j’ai tendance à m’intéresser plus aux discours des candidats qui indiquent vouloir se préoccuper de l’avenir des jeunes collaborateurs et à leur condition d’exercice qu’à ceux des autres.
Cette année, certains candidats ont mis en avant le fait que le numerus clausus était inévitable.
Sans rentrer dans le fond du débat, je trouve l’idée contestable. En tant qu’avocat, je n’ai pas eu à subir cette limitation du nombre d’entrée à la profession et je n’aimerais pas l’imposer à d’autres qui sont probablement aussi « méritant » que moi.
Les avocats favorables à cette thèse mettent notamment en avant que la profession ne peut absorber les milliers d’élèves qui obtiennent chaque année le CAPA (Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat).
Sauf que par définition, si la profession ne peut les absorber c’est qu’ils n’exercent pas (encore) cette profession, faute d’avoir trouvé une collaboration.
En ce sens, le processus de sélection par le nombre qu’implique le numerus clausus se fait déjà de façon « naturelle » et donc non imposée.
Qu’une personne constate, après quelques mois, qu’une profession n’est pas faite pour elle ou qu’elle n’a rien à lui offrir, est une chose. Lui indiquer que sauf à faire partie des X personnes les mieux notées d’un concours (lequel jugera essentiellement sa capacité à restituer correctement des connaissances), elle n’aura pas le loisir de vérifier par elle-même si cette profession lui plait, est autre chose.
Même si je ne peux nier que la paupérisation de la profession soit en partie due au nombre d’avocats, je remarque que les personnes favorables au numerus clausus indiquent assez souvent qu’un grand nombre d’avocats quittent rapidement la profession, ce qui serait la preuve qu’elle ne serait pas faite pour eux.
Or, dans mon entourage les quelques personnes que j’ai vu quitter cette profession l’ont fait parce qu’on leur proposait mieux ailleurs (mieux rémunérées avec plus de temps pour leur vie privée). Cela ne les avaient pourtant pas empêché d’être de brillants avocats.
C’est d’ailleurs pour cette raison que des entreprises n’ont pas tardé à les démarcher.
Si dorénavant, chaque année 200 avocats venaient garnir les rangs de la profession au lieu d’environ 1500 actuellement, qui pourrait garantir qu’ils resteront tous dans la profession à long terme ?
Alors que 80% des élèves sortant de l’école d’avocats avouent être « spécialisés » en droit des affaires, comment les cabinets qui cherchent des avocats collaborateurs juniors en droit public, droit pénal, droit social et autres, feront si aucun de ces 200 lauréats n’a de compétence ni de formation dans leurs différents domaines ?
Bref, même si je comprends la motivation première d’un débat autour du numerus clausus (celle d’un gâteau qu’il serait devenu trop difficile de partager eu égard au nombre d’invités), je n’oublie pas que ce même numerus clausus n’est pas la panacée.
En attendant que le nouveau Bâtonnier se penche sur cette question, je viens d’apprendre qu’il s’appelle Christiane Feral Schuhl.
Félicitations à mon confrère qui devient le dauphin de Jean Castelain et qui aura le privilège et l’honneur de lui succéder dans un an.
Pour ceux qui aimeraient savoir de quoi parlent les candidats au bâtonnat quand ils font campagne, la chaine Public Sénat diffusait hier un débat opposant les deux candidats du 2ème tour.
http://www.publicsenat.fr/vod/evenements/debat-des-4-finalistes-au-poste-de-batonnier-de-paris/67474
jeudi 18 novembre 2010
La difficile gestion de la relation client
La particularité du collaborateur est qu’il n’est pas (sauf à avoir une clientèle personnelle) confronté à la question du règlement et de la contestation des honoraires par ses clients.
Il travaille pour le cabinet qui l’emploie et lui adresse une facture d’honoraires en fin de mois de façon à ce que ledit cabinet lui verse une rétrocession d’honoraires.
Ce système fait qu’il se trouve rarement confronté aux difficultés de paiements des clients, aux promesses de paiement restées sans suite, mais aussi et surtout à la capacité des clients à contester la moindre facture.
S’il y a bien une chose que j’ai pu constater depuis que j’exerce cette profession, c’est cette capacité qu’ont certains clients à contester le temps que passe leur avocat sur leur affaire et, par conséquent, les montants des factures qui leur sont adressées.
Même s’il ne faut pas faire de généralités, une grande partie des clients (le plus souvent des particuliers) partent du postulat que les prestations des avocats sont chères et que leur travail « purement intellectuel », à défaut d’être très simple, n’est pas vraiment très compliqué.
Une telle distorsion avec la réalité ne peut qu’être source de tension, sauf à ce que vous preniez le temps de bien expliquer à chacun de vos clients, notamment par le biais d’une convention d’honoraires, pourquoi vous facturez X euros de l’heure et pourquoi l’affaire qu’il va vous confier eu égard au temps que cela vous prendra de constituer le dossier, de faire des recherches, de réunir les pièces et de préparer l’argumentaire, ne pourra pas lui coûter moins d’un certain montant.
Dès que je le peux, je prends le temps de le faire afin de dissiper tout malentendu.
J’ai lu, alors que je n’étais pas encore avocat, un post de mon désormais confrère Maître Eolas qui résume très bien les raisons pour lesquelles « Les avocats sont si chers ».
Malgré ces raisons de bons sens, l’avocat doit se résoudre assez souvent à ce que dans l’esprit de son client :
- Il est très (voire trop) bien payé pour le métier qu’il fait
- Il est riche donc il pourrait s’abstenir de lui adresser des factures aussi élevées
- S’il gagne l’affaire qu’il lui a confiée, ce ne sera que justice
- S’il la perd, c’est qu’il aura été nul
Je mets volontairement de côté tous les clients que j’ai pu rencontrer qui paient immédiatement les factures, qui remercient l’avocat pour la diligence et le professionnalisme dont il fait preuve et qui vont même jusqu’à le recommander à des amis.
Gérer les rapports que l’on a avec son client n’est finalement pas très loin d’être un métier à part entière…
Il travaille pour le cabinet qui l’emploie et lui adresse une facture d’honoraires en fin de mois de façon à ce que ledit cabinet lui verse une rétrocession d’honoraires.
Ce système fait qu’il se trouve rarement confronté aux difficultés de paiements des clients, aux promesses de paiement restées sans suite, mais aussi et surtout à la capacité des clients à contester la moindre facture.
S’il y a bien une chose que j’ai pu constater depuis que j’exerce cette profession, c’est cette capacité qu’ont certains clients à contester le temps que passe leur avocat sur leur affaire et, par conséquent, les montants des factures qui leur sont adressées.
Même s’il ne faut pas faire de généralités, une grande partie des clients (le plus souvent des particuliers) partent du postulat que les prestations des avocats sont chères et que leur travail « purement intellectuel », à défaut d’être très simple, n’est pas vraiment très compliqué.
Une telle distorsion avec la réalité ne peut qu’être source de tension, sauf à ce que vous preniez le temps de bien expliquer à chacun de vos clients, notamment par le biais d’une convention d’honoraires, pourquoi vous facturez X euros de l’heure et pourquoi l’affaire qu’il va vous confier eu égard au temps que cela vous prendra de constituer le dossier, de faire des recherches, de réunir les pièces et de préparer l’argumentaire, ne pourra pas lui coûter moins d’un certain montant.
Dès que je le peux, je prends le temps de le faire afin de dissiper tout malentendu.
J’ai lu, alors que je n’étais pas encore avocat, un post de mon désormais confrère Maître Eolas qui résume très bien les raisons pour lesquelles « Les avocats sont si chers ».
Malgré ces raisons de bons sens, l’avocat doit se résoudre assez souvent à ce que dans l’esprit de son client :
- Il est très (voire trop) bien payé pour le métier qu’il fait
- Il est riche donc il pourrait s’abstenir de lui adresser des factures aussi élevées
- S’il gagne l’affaire qu’il lui a confiée, ce ne sera que justice
- S’il la perd, c’est qu’il aura été nul
Je mets volontairement de côté tous les clients que j’ai pu rencontrer qui paient immédiatement les factures, qui remercient l’avocat pour la diligence et le professionnalisme dont il fait preuve et qui vont même jusqu’à le recommander à des amis.
Gérer les rapports que l’on a avec son client n’est finalement pas très loin d’être un métier à part entière…
jeudi 11 novembre 2010
Les barreaux de province
Difficile d’écrire ce genre de post sans verser dans la caricature, mais j’ai pu constater au gré de mes déplacements en province pour y plaider des affaires, à quel point l’accueil des confrères pouvait y être chaleureux.
Outre le fait que dans ce type de barreau « tout le monde connaît tout le monde », l’avocat parisien a un signe distinctif sur sa robe qui fait qu’on le remarque immédiatement.
Il ne porte pas d’hermine sur son épitoge. L’épitoge étant la bande de tissu distinctive portée par-dessus la toge. A la différence des avocats des autres barreaux de France et de Navarre, la sienne ne porte donc pas d’hermine.
En province, où j’ai tendance (à tort ?) à trouver les avocats beaucoup plus détendus et souriants que mes confrères parisiens, vous devenez assez rapidement l'attraction du moment. La tradition veut d’ailleurs que vous preniez le temps d’aller saluer le bâtonnier du barreau en question avant d’aller plaider.
Au sein de ces barreaux, il n’est pas vraiment utile de demander à un confrère quelle est sa spécialité. Rares sont les avocats qui se consacrent exclusivement à une spécialité.
Ils sont le plus souvent généralistes et en mesure d’intervenir efficacement dans tous les domaines du droit.
Outre la découverte d'une nouvelle ville, aller plaider dans un petit barreau est aussi l'occasion d'être confronté à une autre façon d'exercer et d'envisager ce métier.
Outre le fait que dans ce type de barreau « tout le monde connaît tout le monde », l’avocat parisien a un signe distinctif sur sa robe qui fait qu’on le remarque immédiatement.
Il ne porte pas d’hermine sur son épitoge. L’épitoge étant la bande de tissu distinctive portée par-dessus la toge. A la différence des avocats des autres barreaux de France et de Navarre, la sienne ne porte donc pas d’hermine.
En province, où j’ai tendance (à tort ?) à trouver les avocats beaucoup plus détendus et souriants que mes confrères parisiens, vous devenez assez rapidement l'attraction du moment. La tradition veut d’ailleurs que vous preniez le temps d’aller saluer le bâtonnier du barreau en question avant d’aller plaider.
Au sein de ces barreaux, il n’est pas vraiment utile de demander à un confrère quelle est sa spécialité. Rares sont les avocats qui se consacrent exclusivement à une spécialité.
Ils sont le plus souvent généralistes et en mesure d’intervenir efficacement dans tous les domaines du droit.
Outre la découverte d'une nouvelle ville, aller plaider dans un petit barreau est aussi l'occasion d'être confronté à une autre façon d'exercer et d'envisager ce métier.
jeudi 21 octobre 2010
Pompier de service
J’ai déjà eu l'occasion de dire que l’avocat est très souvent sollicité par ses clients quand ils se trouvent vraiment dans l’impasse.
Qu’ils ont tendance à faire appel à lui quand ils s’aperçoivent qu’ils ne pourront plus rien obtenir de leur interlocuteur ou encore quand ils se sont mis dans une situation où la loi l’oblige à être défendus par un avocat.
Cependant, parce qu’il a attendu que la situation soit compromise pour demander de l’aide à son avocat, le client est donc plus pressé que jamais.
Quand vous lui demandez dans quel délai il souhaite avoir les réponses à ses questions, il vous répond bien souvent qu’il les veut tout de suite ou du moins le plus vite possible (ASAP).
J’ai tellement pris l’habitude que cela se passe de cette façon avec les nouveaux clients que quand l’un d’entre eux s’adresse à moi en m’indiquant que ce qui motive sa venue est justement de prévenir tout risque juridique lié à la décision qu’il va être amené à prendre, cela me procure toujours ce même effet de surprise.
Quand de surcroit vous lui indiquez que sa question est complexe, qu’elle implique de longues analyses des documents doublées de longs entretiens pour être certains que toutes les implications ont été envisagées, que, de ce fait, la facture que vous lui adresserez s’en ressentira et qu’il vous répond que vous lui ferez de toute façon gagner de l’argent en lui évitant les actions juridiques qu’aurait pu générer la mise en place de mesures sans consultation préalable d'un avocat, vous vous dites que vous êtes face à cette fameuse exception qui confirme la règle.
En réalité, les raisons qui poussent les clients à agir de la sorte sont souvent liées au fait qu’ils aient ou non été sensibilisés, dans le cadre de leur parcours universitaire et/ou professionnel, à l’impact juridique des décisions stratégiques et économiques qu’ils seront amenés à prendre.
Quand c’est le cas, aller voir un avocat pour prévenir d’éventuels conflits leur paraîtra être une démarche naturelle. Dans le cas contraire, c’est souvent, contraint et forcé, voire méfiant, qu’ils vous solliciteront.
Qu’ils ont tendance à faire appel à lui quand ils s’aperçoivent qu’ils ne pourront plus rien obtenir de leur interlocuteur ou encore quand ils se sont mis dans une situation où la loi l’oblige à être défendus par un avocat.
Cependant, parce qu’il a attendu que la situation soit compromise pour demander de l’aide à son avocat, le client est donc plus pressé que jamais.
Quand vous lui demandez dans quel délai il souhaite avoir les réponses à ses questions, il vous répond bien souvent qu’il les veut tout de suite ou du moins le plus vite possible (ASAP).
J’ai tellement pris l’habitude que cela se passe de cette façon avec les nouveaux clients que quand l’un d’entre eux s’adresse à moi en m’indiquant que ce qui motive sa venue est justement de prévenir tout risque juridique lié à la décision qu’il va être amené à prendre, cela me procure toujours ce même effet de surprise.
Quand de surcroit vous lui indiquez que sa question est complexe, qu’elle implique de longues analyses des documents doublées de longs entretiens pour être certains que toutes les implications ont été envisagées, que, de ce fait, la facture que vous lui adresserez s’en ressentira et qu’il vous répond que vous lui ferez de toute façon gagner de l’argent en lui évitant les actions juridiques qu’aurait pu générer la mise en place de mesures sans consultation préalable d'un avocat, vous vous dites que vous êtes face à cette fameuse exception qui confirme la règle.
En réalité, les raisons qui poussent les clients à agir de la sorte sont souvent liées au fait qu’ils aient ou non été sensibilisés, dans le cadre de leur parcours universitaire et/ou professionnel, à l’impact juridique des décisions stratégiques et économiques qu’ils seront amenés à prendre.
Quand c’est le cas, aller voir un avocat pour prévenir d’éventuels conflits leur paraîtra être une démarche naturelle. Dans le cas contraire, c’est souvent, contraint et forcé, voire méfiant, qu’ils vous solliciteront.
jeudi 14 octobre 2010
Travailler plus pour gagner plus (acte II)
J’avais écrit sur mon ancien blog, il y a un peu plus de 3 ans, un post insistant sur le fait que ce métier vérifiait l’adage du Président de la République selon lequel plus vous acceptez de travailler et plus vous êtes susceptibles de gagner de l’argent.
Cette donnée, bien intégrée par l’élève-avocat que j’étais, l’est d’autant plus par l’avocat que je suis actuellement.
Je n’ai qu’à discuter avec mes confrères pour m’en assurer.
Ceux qui travaillent dans des structures anglo-saxonnes n’ont pas (ou très peu) de clientèle personnelle, faute de temps pour s’y consacrer, mais peuvent prétendre à une rétrocession d’honoraires qui les dispense d’avoir à vraiment se préoccuper du fait d’en développer une.
A côté d’eux, on retrouve ceux qui, en petite ou moyenne structure, ont d’ordinaire (un peu voire beaucoup) plus de temps pour se consacrer à de la clientèle personnelle.
Même si je ne connais pas l’ensemble des grilles de rétrocession d’honoraires des cabinets parisiens, force est de constater qu’il y a souvent une différence du simple au double (voire triple) entre ce que les grosses structures sont en mesure de verser à leurs collaborateurs juniors et ce que les petites ou moyennes structures peuvent leur verser.
Accepter d’aller dans l’une ou l’autre de ces structures relève donc du choix de vie entre travailler beaucoup et gagner raisonnablement sa vie (petite ou moyenne structure) et gagner beaucoup plus en travaillant….beaucoup plus (structure anglo-saxonne) avec ce que cela implique en termes d’investissement en temps.
Mais quelle que soit l’option pour laquelle vous optez, gagner plus impliquera toujours d’accepter de travailler plus.
Ce qui, pour une profession libérale, paraît somme toute assez logique...
Cette donnée, bien intégrée par l’élève-avocat que j’étais, l’est d’autant plus par l’avocat que je suis actuellement.
Je n’ai qu’à discuter avec mes confrères pour m’en assurer.
Ceux qui travaillent dans des structures anglo-saxonnes n’ont pas (ou très peu) de clientèle personnelle, faute de temps pour s’y consacrer, mais peuvent prétendre à une rétrocession d’honoraires qui les dispense d’avoir à vraiment se préoccuper du fait d’en développer une.
A côté d’eux, on retrouve ceux qui, en petite ou moyenne structure, ont d’ordinaire (un peu voire beaucoup) plus de temps pour se consacrer à de la clientèle personnelle.
Même si je ne connais pas l’ensemble des grilles de rétrocession d’honoraires des cabinets parisiens, force est de constater qu’il y a souvent une différence du simple au double (voire triple) entre ce que les grosses structures sont en mesure de verser à leurs collaborateurs juniors et ce que les petites ou moyennes structures peuvent leur verser.
Accepter d’aller dans l’une ou l’autre de ces structures relève donc du choix de vie entre travailler beaucoup et gagner raisonnablement sa vie (petite ou moyenne structure) et gagner beaucoup plus en travaillant….beaucoup plus (structure anglo-saxonne) avec ce que cela implique en termes d’investissement en temps.
Mais quelle que soit l’option pour laquelle vous optez, gagner plus impliquera toujours d’accepter de travailler plus.
Ce qui, pour une profession libérale, paraît somme toute assez logique...
vendredi 1 octobre 2010
2 ans, premier bilan
Je fête en ce début de mois d’octobre, ma deuxième année d'exercice en tant qu’avocat collaborateur junior.
Après deux ans, je ne peux nier que ce métier me passionne vraiment.
J’apprécie l’idée de défendre les intérêts de personnes physiques et morales et de régler une situation qui leur semblait compromise. J’aime accompagner leur réflexion, leur expliquer pourquoi telle chose est envisageable et telle autre inconcevable, établir une stratégie, avant d'aller, selon les cas, plaider leur affaire devant les tribunaux.
Je mesure chaque jour le chemin parcouru depuis mes débuts.
Après plusieurs mois d’exercice, des automatismes se développent et ce sont eux qui me permettent de faire mieux et plus rapidement le travail demandé par le client et le cabinet. C'est aussi cette expérience acquise qui me permet de me sentir de plus en plus à l'aise dans ma "robe d'avocat".
Cette profession reste néanmoins très exigeante. Les collaborateurs, juniors qui plus est, sont ceux à qui on demande traditionnellement un investissement en temps considérable et à qui l’on ne pardonne rien (ou presque).
Quand les dossiers s’accumulent sur son bureau du fait d’un accroissement d’activité, le junior, qui comme tout avocat n’a pas d’horaire, est mis face à ses responsabilités.
Même si cela lui est rarement imposé formellement, il n’a souvent d’autre choix que de travailler plus tard le soir, voire le week-end pour venir à bout desdits dossiers.
Quand cette situation devient au fil du temps plus le principe que l’exception, la démobilisation guette.
A mes débuts, je me demandais ce qui pouvait pousser autant d’avocats à quitter la profession au bout de deux ans. A cette question, il n’existe manifestement pas une réponse, mais plusieurs.
Contrairement à ce que pense le grand public, tous les avocats ne sont pas riches (loin s’en faut) et ceux à qui l’on propose un autre poste (notamment celui de juriste d’entreprise) pour gagner plus tout en ayant des horaires moins lourds et beaucoup plus compatibles avec une vie privée, n’hésitent pas longtemps avant d’accepter.
Quelques uns de mes confrères, qui ont prêté serment la même année que moi, ont d’ores et déjà opté pour ce choix. Leur activité étant essentiellement axée sur le conseil, c’est sans regret qu’ils ont décidé de s’orienter vers un métier qui sera très proche, à ceci près qu’ils n’auront qu’un seul et unique client (leur entreprise).
Pour ma part, j’aime toujours autant ce métier. Même si une routine peut finir par s’installer quand vous êtes hyperspécialisé, que les connaissances sont acquises et que les questions des clients et les affaires traitées sont très proches, cette profession a un caractère imprévisible indéniable. C’est ce qui fait son charme et ce qui explique également qu’elle soit si exigeante.
Je retrouve également de la diversité dans les dossiers que je traite à titre personnel, d’autant plus qu’avoir son propre client que l’on gère à sa façon offre une toute autre satisfaction que celle que peut vous apporter la relation que vous avez le client du cabinet.
On dit souvent que le cap des 2 ans est fondamental dans la carrière d’un avocat. Que c’est celui à partir duquel il commence à s’interroger sur ce à quoi il aspire vraiment.
Je me pose effectivement des questions et je ne doute pas que les prochains mois apporteront leur lot de réponses.
Après deux ans, je ne peux nier que ce métier me passionne vraiment.
J’apprécie l’idée de défendre les intérêts de personnes physiques et morales et de régler une situation qui leur semblait compromise. J’aime accompagner leur réflexion, leur expliquer pourquoi telle chose est envisageable et telle autre inconcevable, établir une stratégie, avant d'aller, selon les cas, plaider leur affaire devant les tribunaux.
Je mesure chaque jour le chemin parcouru depuis mes débuts.
Après plusieurs mois d’exercice, des automatismes se développent et ce sont eux qui me permettent de faire mieux et plus rapidement le travail demandé par le client et le cabinet. C'est aussi cette expérience acquise qui me permet de me sentir de plus en plus à l'aise dans ma "robe d'avocat".
Cette profession reste néanmoins très exigeante. Les collaborateurs, juniors qui plus est, sont ceux à qui on demande traditionnellement un investissement en temps considérable et à qui l’on ne pardonne rien (ou presque).
Quand les dossiers s’accumulent sur son bureau du fait d’un accroissement d’activité, le junior, qui comme tout avocat n’a pas d’horaire, est mis face à ses responsabilités.
Même si cela lui est rarement imposé formellement, il n’a souvent d’autre choix que de travailler plus tard le soir, voire le week-end pour venir à bout desdits dossiers.
Quand cette situation devient au fil du temps plus le principe que l’exception, la démobilisation guette.
A mes débuts, je me demandais ce qui pouvait pousser autant d’avocats à quitter la profession au bout de deux ans. A cette question, il n’existe manifestement pas une réponse, mais plusieurs.
Contrairement à ce que pense le grand public, tous les avocats ne sont pas riches (loin s’en faut) et ceux à qui l’on propose un autre poste (notamment celui de juriste d’entreprise) pour gagner plus tout en ayant des horaires moins lourds et beaucoup plus compatibles avec une vie privée, n’hésitent pas longtemps avant d’accepter.
Quelques uns de mes confrères, qui ont prêté serment la même année que moi, ont d’ores et déjà opté pour ce choix. Leur activité étant essentiellement axée sur le conseil, c’est sans regret qu’ils ont décidé de s’orienter vers un métier qui sera très proche, à ceci près qu’ils n’auront qu’un seul et unique client (leur entreprise).
Pour ma part, j’aime toujours autant ce métier. Même si une routine peut finir par s’installer quand vous êtes hyperspécialisé, que les connaissances sont acquises et que les questions des clients et les affaires traitées sont très proches, cette profession a un caractère imprévisible indéniable. C’est ce qui fait son charme et ce qui explique également qu’elle soit si exigeante.
Je retrouve également de la diversité dans les dossiers que je traite à titre personnel, d’autant plus qu’avoir son propre client que l’on gère à sa façon offre une toute autre satisfaction que celle que peut vous apporter la relation que vous avez le client du cabinet.
On dit souvent que le cap des 2 ans est fondamental dans la carrière d’un avocat. Que c’est celui à partir duquel il commence à s’interroger sur ce à quoi il aspire vraiment.
Je me pose effectivement des questions et je ne doute pas que les prochains mois apporteront leur lot de réponses.
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