vendredi 21 octobre 2011

LE client est roi

Même si tous les clients ont vocation à être traités de la même façon, cela reste en pratique un vœu pieux.

Je connais très peu d’avocats qui ne soient pas débordés, ou en passe de l’être.

Dans ces conditions, selon l’importance du client dans son activité, une différence de traitement sera opérée eu égard à la nécessité de rationaliser le temps de travail.

Je suis confronté depuis quelques mois à cette situation. J’ai un gros et très exigeant client à gérer (le cabinet dans lequel j’effectue ma collaboration), deux clients personnels importants à mes yeux au motif que je les gère seul (et parce que plus le temps passe et plus ils me confient de dossiers à traiter), et enfin quelques petits clients qui s’adressent à moi pour des affaires ponctuelles.

Je dois reconnaître que l’état d’urgence permanent dans lequel se retrouvent certains de mes confrères qui ne savent, ne veulent ou ne pas peuvent pas refuser un dossier, ne me fait pas rêver.

J’essaye donc, même si c’est beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît, de veiller à ne m’engager qu’à faire ce que je serai en mesure de réaliser dans les délais impartis, eu égard à mon état de charge.

Cela implique très souvent de faire primer, d’une façon ou d’une autre, les doléances des clients "importants" sur celles de ceux qui le sont moins...

jeudi 29 septembre 2011

3 ans plus tard, la donne a changé

Je vais fêter dans quelques jours mes 3 ans d’expérience en tant qu’avocat collaborateur et entrer, par la même occasion, dans ma 4ème année.

Depuis mes débuts, force est de constater que de nombreuses choses ont changé tant dans ma profession que dans ma façon de l’appréhender.

J’ai débuté ma collaboration en même temps que l'annonce de la crise des subprimes.
Même si mon cabinet n’a pas trop eu à subir le contrecoup de la crise, cette dernière, qui s’est muée en crise des dettes souveraines, reste palpable.

Les clients qui payaient jadis sans rechigner, aujourd’hui négocient, quand ils ne refusent pas purement et simplement de payer.

Les cabinets sont nombreux à avoir dû réduire considérablement la voilure et les élèves -avocats diplômés des CAPA 2010 et 2011 ont pu et peuvent s’apercevoir de la difficulté réelle à trouver une première collaboration.

Au delà de la situation économique, mon état d’esprit a également changé.
Je suis beaucoup plus autonome qu’à mes débuts et mes envies s’en ressentent.

J’apprécie toujours de travailler pour le compte d’un autre, d’autant plus quand les dossiers que cette collaboration m’amène à traiter sont intéressants et stimulants intellectuellement, mais j’ai depuis quelques mois, réussi à développer une clientèle personnelle qui m'intéresse tout autant, sinon plus, et m’oblige donc à faire un choix.

Travailler à plein temps dans un cabinet demande, en effet, un investissement de tous les instants.
Quand vous gagnez en expérience, vous faites les choses plus vite, ce qui vous devrait normalement vous dégager plus du temps pour traiter les dossiers de vos clients personnels.
Dans les faits, la plupart des associés qui constatent votre progression et votre capacité à faire plus vite (et mieux) ce qu’ils vous demandent sont tout aussi prompts à vous confier plus de dossiers et plus d’audiences à assurer.

Dans ces conditions, répondre à une demande grandissante de mes clients personnels est de plus en plus difficile et intenable à court ou moyen terme, sauf à accepter définitivement l’idée selon laquelle à la fin d’une (déjà) longue journée de travail au cabinet commence une nouvelle journée (week-end compris) dédiée à mes propres clients.

Parce que j’aime travailler, mais également profiter de la vie, j’ai pris la décision que ma 3ème année de collaboration sera ma dernière en tant que collaborateur au sein de ce cabinet, au regard de ma réelle difficulté à concilier clientèle personnelle et dossiers du cabinet et au constat que les choses ne sont pas prêtes de changer.

Parce qu’un collaborateur de 3 ans d’expérience est un profil assez recherché, j’ai été récemment approché par un cabinet que j’apprécie et à qui j’ai expliqué ma situation et mes aspirations, à savoir celles de pouvoir concilier plus ou moins sereinement une clientèle personnelle grandissante et les dossiers du cabinet.

La perspective ne l'ayant pas découragé de me faire une proposition ferme et le courant étant bien passé entre nous, je vais annoncer dans quelques semaines mon départ au cabinet qui m’emploie et partir vers une nouvelle aventure de collaboration, qui, c’est du moins l’objectif avoué, devrait me permettre de ne plus avoir à refuser des dossiers par manque de temps pour le traiter et/ou par peur que cela me soit reproché.

Pour l'heure, je ne m’estime pas encore assez courageux et déterminé pour sauter le pas de la création d'un cabinet commun avec des confrères et amis.

Même si je ne ferme pas la porte à cette éventualité (bien au contraire), je mesure le chemin parcouru depuis mes débuts et reconnais que, sur bien des points, la donne a changé.

vendredi 16 septembre 2011

La tentation « juriste »

A bientôt 3 ans de mes débuts d’avocat, je constate que de plus en plus d’amis et confrères d’une expérience plus ou moins similaire à la mienne font, sans le moins regret, le choix de la reconversion.

Même si chaque cas est particulier, le contexte qui les amène à prendre cette décision est très souvent une très belle proposition faite par une entreprise.

L’entreprise peut, en effet, présenter de nombreux avantages pour un jeune avocat.
La première est qu’elle est souvent demandeuse du profil d’un avocat qui intégrerait son service juridique. L’idée étant de recruter en interne quelqu’un de rompu à la pratique, de façon à permettre à la structure de trouver les réponses aux questions juridiques qu’elle se pose, en sollicitant le moins possible le concours extérieur d’un cabinet d’avocats.

La proposition qui est faite à l’avocat consiste bien souvent à rejoindre un poste haut placé dans l’organigramme de la structure avec la rémunération qui l’accompagne.

Les confrères que j’ai vu partir ces derniers mois en direction du monde de l’entreprise l’ont toujours fait en faveur d’un poste qui allait leur rapporter plus que ce qu’ils gagnaient et qui s’avérait, en termes de responsabilité, être un challenge intéressant.

Le deuxième avantage est celui des horaires. Même si, comme tout cadre qui se respecte, l’avocat sera soumis au forfait jour et à des horaires soutenus, l’entreprise présente l’avantage d’avoir des horaires moins contraignants ou, du moins, plus prévisibles que ceux d’un cabinet d’avocats.

Même s’il m’arrive encore parfois de décommander des restaurants ou des sorties prévus à l’avance en raison d’une « urgence-cabinet » , ceux de mes confrères qui ont l’impression de n’avoir fait que cela depuis 3 ans (faute pour les restaurants de servir après 23h), trouvent dans le monde de l’entreprise l’opportunité de ne plus avoir à mettre leur vie sociale entre parenthèse.

Un autre avantage est celui des vacances. Elles se résument à 5 semaines dans le métier d’avocat (quand il est possible de les prendre toutes). Elles peuvent aller jusqu’à 10 semaines dans quelques unes des entreprises qu’ont décidé de rejoindre mes ex-confrères.

Le dernier intérêt du métier de juriste découle directement de l’importance du juridique dans une entreprise en comparaison à ce qu’il représente dans un cabinet d’avocat.

Au sein d'un service juridique, vous avez la responsabilité de veiller à ce que tout ce qui est signé, validé ou décidé par l’entreprise soit conforme à la loi. Ce n’est cependant pas du département juridique d’une société que dépendront les performances financières de la société.

A l’inverse, la survie d’un cabinet d’avocats dépend en grande partie de la qualité du travail que vous réalisez.

La dose de stress subie sera donc, la plupart du temps, moins importante pour un juriste qu’elle ne l’est pour un avocat en exercice.

Pour toutes ces raisons, je ne suis pas vraiment surpris par l’engouement que suscite le métier de juriste d’entreprise chez de nombreux confrères d’une expérience supérieure ou égale à la mienne.

Je ne les envie pas, mais je comprends tout à fait ce qui peut les amener à une telle « extrémité ».

mercredi 7 septembre 2011

Expliquer simplement des choses complexes

La rédaction d’une consultation juridique est un exercice intellectuel assez intéressant.

Le client vous pose une question dont il n'a généralement aucune idée de la réponse. Parfois, il pense avoir la bonne réponse, mais, eu égard à l'enjeu, il préfère ne pas prendre le risque de s'être trompé dans les grandes largeurs.

Quelles que soient les raisons qui l'amènent à vous poser cette question juridique, votre travail consistera toujours à lui donner la réponse la plus précise possible, en gardant à l'esprit qu'il est très souvent peu habitué au langage et au raisonnement juridiques.

Même des problématiques complexes peuvent et doivent être rendues abordables, faute de quoi le client reviendra inévitablement vers vous pour vous poser un bon nombre de questions complémentaires qui n'auront en réalité pour but que de savoir ce que vous "entendiez par ça" ou "par ça".

Il faudra cependant vous garder d'éluder des problèmes et difficultés juridiques au prétexte qu'ils seront jugés comme trop compliqués par le client, dans l'hypothèse où vous les évoqueriez dans la consultation.

Tout l'art de la consultation consiste justement à réussir à expliquer des choses complexes en leur donnant une apparence de simplicité.

mardi 16 août 2011

Une petite renommée

L’équation est souvent assez simple chez les avocats.
Plus vous vous faites connaître par les résultats et/ou par le professionnalisme dont vous faites preuve et plus les clients vous sollicitent. Cette réputation peut être le fait du bouche à oreille comme celui des médias.

Vous passez à la télévision ou vous donnez des interviews dans la presse régionale ou nationale concernant un sujet d’actualité ou une affaire médiatique dans le cadre de laquelle vous intervenez et vous pouvez être à peu près certain que le téléphone de votre cabinet sonnera très rapidement.

Dès lors, plus les clients vous sollicitent et plus vous êtes en mesure de choisir avec qui travailler (l’avocat étant libre de refuser ou d’accepter une affaire) et dans quelles conditions vous souhaitez le faire.
Vous êtes, par ailleurs, plus à même d’expliquer à vos clients en quoi ce que vous leur demandez en termes d’honoraires se justifie, quand votre réputation vous précède.

Un client qui ne vous connaît ni de nom ni de réputation a souvent du mal à comprendre en quoi la mission qu’il va vous confier justifie vos honoraires. « X euros de l’heure ?!! Ce n’est pas non plus comme si on vous demandait de construire une maison ou de sauver le monde ? » m’a sorti, un brin provocateur, un ami durant mes vacances.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, certains clients, souvent non familiers aux professions libérales juridiques, se font une fausse image des prestations à forte connotation intellectuelle.

Pour résumé, parce qu’il nous suffirait de réfléchir et de compiler des connaissances acquises pour répondre aux questions que pose un client, c’est donc la preuve que notre travail ne doit pas valoir bien cher.

La notoriété aide à choisir ses clients et permet également de mieux organiser son temps de travail.

Travaillez plus ne garantissant pas obligatoirement de gagner plus à partir du moment où on peut décider de travailler pour une multitude d’affaires en prenant des sommes symboliques pour chacune d’entre elles (faisant ainsi primer le volume d’affaires sur le reste) plutôt que de choisir de ne travailler que sur des dossiers plus pointus, moins nombreux, mais beaucoup plus rémunérateurs.

Dans un contexte où près de 23.000 avocats se côtoient sur le seul Barreau de Paris, la renommée, aussi petite soit-elle, permet d’envisager de passer du stade où c’est la chance et/ou le hasard qui met sur votre chemin un client intéressant à celui où des clients du même profil commencent à se « bousculer » à votre porte.

Encore faut-il réussir se faire connaître…

lundi 11 juillet 2011

Une part de psychologie

En recevant mes propres clients comme ceux du cabinet, je suis assez souvent stupéfait par les mots qu’ils emploient.

Je fais peu de droit pénal et je ne pratique pas le droit de la famille.
Dès lors, quand j’entends parler de trahison, de volonté de ne « pas laisser passer cela », et tout cela avec des trémolos dans la voix, je m’aperçois que l’avocat est bien souvent, non seulement un juriste chargé de dénouer des situations de faits d’apparence complexe, mais aussi le réceptacle d’un certain nombre de douleurs et de frustrations présentes dans l’esprit de son client.

Le premier rendez-vous et souvent quelques uns de ceux qui suivent ne peuvent faire l’économie d’une attention particulière à l’égard des souffrances générées par la situation juridique dans laquelle se trouve le client.

J’ai tendance à expliquer très rapidement à mes clients que le contexte global a son importance, mais que seuls des faits précis, qualifiables juridiquement et utiles pour le dossier, ont un réel intérêt pour moi.

Même si je ne suis pas psychologue, je conçois néanmoins très bien qu’il faille, dans la gestion de la relation avec le client, faire preuve d’une part, plus ou moins importante, de psychologie.

mercredi 6 juillet 2011

En toute confraternité

La profession d'avocat compte en son sein des confrères qui se doivent déontologiquement un respect tout particulier.

Même si nous sommes contradicteurs dans une affaire, parce que nous défendons les intérêts de clients qui sont adversaires, il nous est interdit de nous insulter et nous devons nous garder de mettre un confrère dans l'embarras, notamment, en jouant de malices pour tromper sa vigilance.

Ce principe, qui n'est, me dit-on, pas toujours respecté, n'empêche pas que, lorsque vient le moment de plaider une affaire, chacun des avocats reste convaincu qu'il est fondamental pour l'issue du dossier que l'impression qu'il donnera au juge lors de l'audience soit meilleure que celle laissée par son contradicteur.

C'est à cet instant que la confraternité trouve ses limites.

Certains confrères, le plus souvent ceux qui sont plus âgés que moi, voient parfois dans la confrontation à un jeune avocat une belle occasion d'apprendre la vie à quelqu'un.

Cela passe par des « tentatives d'intimidation » avant l'audience, sous la forme du classique : « Mais votre dossier est vide, cher confrère ! », puis en cours d'audience par toutes ces formules plus ou moins subtiles qui ont pour objectif de rappeler aux juges que l'ainé, dépositaire du talent et de l'expérience, c'est lui et que le jeune débutant, c'est vous.

Preuve que ce type de schéma n'est pas si récurrent que cela, il m'était, en à peu près de 3 ans d'expérience, parfois arrivé d'assister à des scènes de ce genre, mais je n'avais jusqu'ici jamais été partie prenante de telles prises de bec.

Parce qu'il faut un début à tout, lors d'un déplacement dans un barreau extérieur la semaine dernière, j'ai eu droit à un véritable show de la part de mon confrère.

Lui qui jouait à domicile avait visiblement décidé de me le faire savoir dans les grandes largeurs.
Son seul soucis était que l'adversité a tendance à me galvaniser et surtout que son dossier était mal ficelé tant sur le fond que sur la procédure stricto sensu.

Parlant en dernier, parce que défendeur dans le cadre de cette affaire, je ne me suis donc pas gêné pour le lui faire remarquer, avec les formes et « quasiment » en toute confraternité, devant des juges et quelques confrères qui, sourire aux lèvres, m'ont indiqué ne pas regretter d'avoir eu l'occasion d'assister à cela.