lundi 24 mai 2010

Duel de générations

En tant que jeune avocat, vous passez votre temps à faire vos preuves.

Vous devez persuader les associés de votre cabinet qu’ils ont eu raison de miser sur vous, tout en essayant (si votre emploi du temps vous le permet et le cœur vous en dit) de convaincre les quelques clients qui hésitent encore entre vous confier personnellement leur dossier et choisir un confrère plus âgé et plus expérimenté que vous, que vous êtes bel et bien l’homme de la situation.

Le métier d’avocat est l’une de ses rares professions où plus vous êtes âgé et plus vous êtes considéré comme crédible aux yeux du client. Les longues années de barreau sont souvent perçues par ce dernier comme étant un gage de qualité.

Vous partez donc avec un handicap face à vos aînés, lequel peut parfois être comblé par l’envie que vous laissez transparaître, vos connaissanes dans la matière que l'on vous expose, le sérieux dont vous faites preuve et la promptitude avec laquelle vous répondez aux questions et vous rendez disponible lors du premier rendez-vous.

Même si le « combat » est souvent inégal, il n’est pas si rare que cela qu’il tourne à l’avantage du plus jeune des deux. Le fait qu’il soit souvent moins cher en est aussi l’une des raisons.

jeudi 13 mai 2010

Dans le doute, ne t’abstiens pas…de vérifier la procédure

Dans l’esprit du grand public, c’est souvent le vice de procédure qui permet à de grands criminels d’échapper à une condamnation quasi-certaine.

En pratique, et au-delà du seul droit pénal, il n’est pas rare que la procédure permette d’évoquer des éléments de défense pertinents en faveur de son client.

C’est parce que le contradicteur n’aura pas vérifié et verrouillé tous les points de procédure au moment d’agir contre votre client que vous trouverez la matière pour lui opposer « in limine litis », c’est-à-dire avant toute défense au fond, des arguments de procédure qui pourront, selon les cas, amener les juges à décidé que l’action intentée est irrecevable, irrégulière ou encore mal fondée.

Les points de procédure à vérifier sont plus ou moins nombreux selon les domaines du droit dans lesquels vous pratiquez.
Les nouvelles lois et nouveaux décrets s’accompagnent souvent de nouvelles questions auxquelles il n’est pas toujours évident de répondre. La mise à jour constante des connaissances et le suivi de ce que dit la doctrine sont donc essentiels.

Le fait de se méfier constamment des points de procédure et de douter régulièrement de l’actualisation de ses connaissances fait partie des bons réflexes à avoir, d’une part parce que cela est formateur et d’autre part parce que cela se relève très souvent utile d’être vraiment au point sur ce type de questions.

lundi 10 mai 2010

24h dans une journée

Ce métier a ceci de particulier qu’il est imprévisible. Vous pouvez passer de peu chargé (c’est rare) à overbooké (plus fréquent) en l’espace d’un instant et ce, au gré des sollicitations, tant des clients du cabinet ou de vos propres clients.

Vous avez beau chercher à vous organiser et à devancer les sollicitations des clients, vous ne pouvez rien au fait que, ce sont ont eux qui décident (bien souvent à la dernière minute) quand un dossier ou une question passe de « non utile » à « très urgent ».

Le fait que vous ayez pu les alerter, des semaines auparavant, sur l’intérêt de traiter telle ou telle question et de s’intéresser à tel ou tel dossier n’y changera rien. Ce sont eux qui donnent le tempo puisque le traitement par l’avocat d’un dossier, d’une question ou d’un contentieux ne peut débuter qu’à partir du moment où le client le mandate expressément pour le faire.

La gestion des urgences est donc partie prenante de cette profession. Mieux vaut pouvoir s’y faire, voire aimer travailler dans ces conditions, tant ce cas de figure à un caractère récurrent.

Les urgences se gèrent quasiment toujours de la même façon. Il faut savoir travailler vite et bien et trouver du temps, quand le temps manque déjà considérablement.

Cela revient inéluctablement à allonger ses journées en finissant plus tard et/ou à rapporter du travail à la maison pour pouvoir travailler dessus le week-end.

L'adaptabilité est une qualité très prisée dans cette profession...et pour cause.

vendredi 30 avril 2010

Le juriste face à l’avocat

Il n’est pas rare que le client pour lequel je dois rédiger une consultation ait quasiment les mêmes diplômes que moi. Dans ces conditions, la relation à l’avocat est différente de l’individu lambda qui n’a jamais fait d’études de droit.

Ce type de client, qui pose des questions ciblées et pertinentes à son avocat, est beaucoup plus exigeant sur la qualité du travail et ce, tout simplement parce qu’il a déjà « une petite idée » de la réponse.

Il ne consulte bien souvent l’avocat que pour conforter, auprès de son entreprise, la position qu’il a déjà prise en tant que responsable du service juridique.

Consulter un avocat sur des questions pointues pour lesquelles des sommes conséquentes sont en jeu lui permettra accessoirement de faire jouer la responsabilité de l’avocat dans l’hypothèse où les conseils qui lui ont été donnés devaient avoir des conséquences dommageables.

Du point de vue du rapport proprement dit entre juriste (client) et avocat (conseil), je trouve que l’exercice de la confrontation d’idée et de points de vue avec quelqu’un d’une formation similaire à la mienne est très enrichissant, mais qu’il m’oblige à être sûr de ce que j’avance ou de ne pas hésiter à indiquer à mon interlocuteur que la réponse ne pourra être apportée qu’après des recherches complémentaires.

Le juriste averti a, en effet, une sainte horreur de l’à peu près…

jeudi 22 avril 2010

Spécialiste à tendance généraliste

Je suis un avocat que l’on pourrait qualifier de spécialisé. Les associés et collaborateurs de mon cabinet sont placés par pôles d’activités et n’interviennent quasiment que sur des questions qui concernent les domaines du droit pour lesquels ils sont spécialisés.

Ce n’est donc que par l’intermédiaire de quelques dossiers personnels que je peux me confronter, notamment par goût pour le contentieux, à des matières différentes.

Sauf les cas où je préfère ne pas intervenir parce que j’estime que l’affaire est trop technique pour que je m’y risque et que j’engage, par la même occasion, ma responsabilité professionnelle, j’accepte de plus en plus souvent de défendre des clients qui me sollicitent sur des dossiers qui sont plutôt hors de mon domaine de spécialité et qui nécessitent que je consacre du temps à revoir mes fondamentaux.

Si le dossier s’avérait plus technique que ce que j’imaginais au moment où je l’ai accepté, il me reste la possibilité de sous-traiter tout ou partie du dossier à un ami confrère ou de lui demander quelques conseils.

L’avocat, même spécialisé, est à l’origine un juriste susceptible de traiter des dossiers dans tous les domaines du droit. Le tout est qu’il ait le temps matériel de le faire correctement.

Au moment de la plaidoirie, que l’on intervienne ou non dans son domaine de prédilection, l’objectif reste le même…Faire de son mieux pour convaincre les juges que les arguments que l’on avance sont valables, à l’inverse de ceux de la partie adverse.

samedi 10 avril 2010

À votre service

Pour un client, le recours au service d'un avocat n’a rien d’une démarche naturelle. Il ne vous sollicite bien souvent que parce qu’il n’a pas trouvé le moyen de régler autrement ses problèmes.

Le client exige donc de vous que vous régliez ce qu’il n’a pas su régler seul, en ayant cependant l'intention d’avoir son mot à dire dans la façon dont vous procéderez pour arriver à ce résultat.

Dans ces conditions, le rôle de l’avocat est délicat. Il doit conseiller son client, lui proposer plusieurs alternatives, mais doit bien se garder de lui imposer une façon de faire.

Même si chaque avocat a son idée sur la meilleure façon d’agir dans différents cas de figure, si plusieurs options s’offrent au client, il faut qu’elles lui soient proposées de façon à éviter que ce dernier ne puisse lui reprocher, plus tard, de ne pas l’avoir fait.

Si la décision de justice ou le résultat obtenu par l’avocat suite aux conseils qu’il a donnés au client s’avère conforme à ce qu'il attendait, nul doute qu’il saura vous remercier. Dans le cas contraire, le client ne pourra pas vous reprocher de ne pas l’avoir prévenu...

mercredi 31 mars 2010

18 mois dans la peau d’un avocat

J’avais intitulé mon précédent blog « 18 mois pour savoir ou le journal d’un élève-avocat ». J’étais alors convaincu qu’à l’issue des 18 mois de formation à l’EFB, j’aurais la réponse à la question de savoir si ce métier était fait pour moi.

À l’aube de mon 18ème mois de collaboration, je mesure le chemin parcouru depuis mes débuts.

J’ai déjà pu dire ici que je me sentais plus à l’aise et plus légitime qu’il y a un an et demi de cela, tant dans les consultations et autres conclusions que je rédige que lors de mes plaidoiries.

L’une des conséquences directes de cette assurance que j’ai pu prendre au fil du temps tient maintenant dans le fait que j’aspire à travailler consciencieusement pour le cabinet qui m’emploie tout en dégageant de plus en plus de temps pour travailler pour mes propres clients.

J’apprécie l’idée qu’un client puisse me solliciter pour trouver une issue à un problème qui lui semblait jusqu’ici insoluble…et ce, encore plus quand c’est mon propre client.

Je garde néanmoins à l’esprit que la cliente personnelle est un sujet tabou au sein de nombreux cabinets. Personne n’est vraiment contre parce qu’il est interdit de s’opposer à ce qu’un collaborateur libéral en développe, mais en pratique de nombreux cabinets perçoivent mal que leurs collaborateurs puissent en avoir et surtout dégagent du temps, durant la journée, pour s’en occuper.
Dans ce cas de figure, libre à vous d'y consacrer vos soirs et vos week-end.

Ces 18 mois ont contribué à conforter quelques-unes de mes certitudes et quelques-uns de mes doutes.

Le métier en lui-même, malgré ses défauts et inconvénients, me séduit toujours autant, sinon plus qu'avant.

Il est incontestablement surprenant, régulièrement épuisant, mais très souvent passionnant…