lundi 25 mars 2013

Utile et indispensable

Le métier d'avocat n'échappe pas à la crise qui traverse le monde et plus particulièrement l'Europe.

Les grandes structures, jugées autrefois indestructibles, comprennent à leur dépens que le temps où les années en forte croissance se succédaient n'est désormais plus d'actualité.

Les cabinets d'avocats qui ont placé le contentieux au centre de leur pratique ne ressentent peu ou pas une crise qui, génératrice de tension, suscite, d'autant plus chez leurs clients réguliers, la volonté d'en découdre devant les tribunaux.

Les avocats qui font essentiellement du droit du travail ou des entreprises en difficulté connaissent, eux aussi, une période faste, dont la raison est évidente.

Ceux de mes confrères qui pratiquent le droit des sociétés et plus particulièrement celui des fusions et acquisitions d'entreprises subissent, à l'inverse, un repli d'activités proportionnel ou égal à la violence de la récession.

Cette récession ne pouvait évidemment manquer de toucher une profession qui dépend directement de la capacité qu'aura l'avocat à justifier de l'opportunité de son intervention auprès d'un client qui, contraint de faire des économies, s'efforce désormais de recourir à lui, non plus parce que cela lui serait utile, mais parce que cela lui est...indispensable.

vendredi 1 février 2013

Valeur ajoutée


Je constate quotidiennement à quel point une expérience dans le métier d’avocat ainsi que dans mon domaine d’expertise a son importance.

Le raisonnement est assez simple. A vos débuts, vous doutez de tout et même de votre capacité à traiter sereinement un dossier personnel sans l’aide de quelqu’un, puis, avec le temps, vous gagnez en confiance et vous estimez que vous pouvez même prétendre apporter une véritable valeur ajoutée au dossier que vous confiera votre client.

Sans encore pouvoir prétendre être un spécialiste de votre domaine, (il faut d’ailleurs passer un examen devant ses pairs après 4 ans de Barreau pour pouvoir prétendre le devenir) vous êtes plus serein puisque même si chaque dossier a sa spécificité, vous connaissez suffisamment les pièges, points délicats et autres petites astuces de votre matière pour en faire bénéficier à votre clientèle.

J’expérimente également, avec pour l’heure une certaine réussite, la valeur ajoutée qui consiste, pour un dossier personnel couvrant un domaine juridique en plus du mien, à faire intervenir un confrère compétent dans cette matière afin que mon client, préalablement informé de la situation, puisse bénéficier des meilleurs conseils possibles.

Cet apport, qui a un coût, reste très intéressant pour mon client et présente l’avantage de me permettre de retrouver une forme de travail en équipe dans la gestion de dossiers personnels, tout en me donnant un petit aperçu de ce que pourrait être une future association avec un ou plusieurs confrères autour d’un même cabinet.

mercredi 9 janvier 2013

Se laisser porter…

 Cela pourrait être ma première résolution de l'année, si ce n'était si incompatible avec la profession que j'exerce.

Même si je fais les choses avec plus de sérénité que par le passé, je ne parviens pas à ne pas appréhender la suite.

Un peu plus de 4 ans après mes débuts, j'ai encore du mal, malgré les nombreux motifs de satisfaction, à me dire qu'il y a quoi que ce soit d'acquis dans ma situation.

Le contexte peu propice à la croissance (sic) et l'observation profonde des mouvements de fond de ma profession me confortent dans cet état d'esprit.

Il est et restera toujours acquis qu'un collaborateur qu'il soit junior, middle, ou senior ne peut et ne pourra (sauf très rares exceptions) jamais prétendre garder sa position autant de temps qu'il le voudra.

Ce qu'il l'était moins, au départ, est que les associés de grands et moyens cabinets ne sont très souvent que de super collaborateurs à qui l'on hésitera pas à expliquer qu'ils ne font pas l'affaire non pas parce que leur niveau juridique n'est pas à la hauteur, mais tout simplement parce que le chiffre d'affaires dont ils sont à l'origine est en deçà de ce qui a motivé leur cooptation en tant qu'associé du cabinet.

Je ne sais pas si la crise en est la cause essentielle, mais le fait est que le climat général est tendu et que les scissions de cabinets, départs spectaculaires d'associés et, dans une moindre mesure, les disparitions pures et simples de cabinets sont désormais fréquents.

En définitive il semblerait qu’un avocat ne puisse à aucun moment de sa carrière prétendre à une quelconque situation acquise qui lui permettrait de…se laisser porter par les évènements.

mercredi 21 novembre 2012

Un jour sans fin

Cela fait désormais un peu plus de 4 ans que je suis avocat.

J'ai entamé ma 5ème année d'exercice comme les précédentes.

Persuadé que ce métier est fait pour moi.

Ravi d'apprendre chaque jour des choses nouvelles que je ne manque pas d'utiliser dans des consultations ou dans le cadre de contentieux.

Content de rendre service à des entreprises ou à des individus qui s'adressaient à un avocat sans être convaincus qu'il pourrait les aider à sortir par le haut de  la situation périlleuse dans laquelle ils se trouvaient.

Surpris de constater que parmi toutes les affaires que j'ai eu à traiter, c'est sans doute dans celles qui m'ont le moins rapporté financièrement que j'ai trouvé les rapports clients / avocat les plus enrichissants ainsi que les remerciements les plus sincères une fois le travail accompli.

Heureux de voir que même si ce métier demande énormément d'efforts et d'investissement, le travail finit inéluctablement par payer.

Convaincu, comme chaque année depuis 2010, que l'année prochaine sera ma dernière en tant que collaborateur, tant l'envie d'être à mon compte se fait pressante.

Lucide quant au fait que, cette fois, ce sera la dernière...mais peut-être pas...

mardi 23 octobre 2012

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras

Dans ce métier, on est souvent confronté à des configurations simples.

Un client vous consulte parce qu’il est poursuivi devant les tribunaux, et ne peut donc faire autrement que se défendre, ou à l’inverse, il vous sollicite parce qu’il est déterminé à poursuivre quelqu’un.

Ces deux situations sont les plus classiques, mais, parmi elles, il existe des déclinaisons qui rendent les choses un peu plus complexes.

Il arrive que l’une ou l’autre des parties se rende compte qu’au delà du droit, qui a toutes les chances d’être ou non de son côté à l’issue d’une éventuelle procédure, il existe un risque important pour que cette procédure dure longtemps et qu’elle coûte chère en frais d’avocats.

Nous sommes dans la configuration où votre client sait qu’il a raison et donc toutes les chances d’obtenir gain de cause, mais dans laquelle son contradicteur lui rétorque qu’il est tout à fait prêt à assumer le coût et la longueur d’une procédure contentieuse pour ne pas avoir à lui verser, immédiatement, les X euros qu’il lui réclame à titre de dédommagement.

Dans ces conditions, soit votre client sait qu’il a raison et assume l’idée qu’il risque de n’être payé qu’à l’issue d’un jugement devenu définitif (après un éventuel appel de la décision rendue en 1ère instance), soit l’attitude de son adversaire, qui fait mine d’attendre sereinement qu’il le poursuive, pousse votre client à penser qu’un « mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès ».

Il a face à lui quelqu’un qui lui rappelle qu’entre les frais d’avocat, le temps passé et l’incertitude quant à l’issue du procès, il a tout intérêt à accepter un accord transactionnel qui déboucherait sur le paiement immédiat d’une somme de X – Y euros plutôt que de rester sur l’idée qu’il obtiendra dans quelques mois (voire années) la somme exacte qu’il espère l’obliger lui à verser.

Vous remplissez votre devoir de conseil en expliquant précisément à votre client ce qu’il est en droit d’espérer sur le plan juridique, ce qu’il lui en coûtera en termes de frais de justice et combien de temps tout cela pourrait durer, mais vous ne pouvez décider à sa place de la suite à donner à son dossier et ce, d’autant plus s’il se montre déjà hésitant.

Tout juste pouvez-vous lui indiquer que parfois…« un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ».

lundi 1 octobre 2012

Dans l'ordre des choses

L'avocat que je suis est, comme tant d'autres, constamment à la recherche de temps.

Non content d'avoir beaucoup de travail en tant que collaborateur,  j'ai choisi d'y ajouter une clientèle personnelle assez conséquente et, il faut bien le dire, de plus en plus "envahissante".

Mes clients personnels sont assez contents de ce que je fais pour eux, mais au delà du contenu du travail que j'effectue pour leur compte, ils aiment ce qu'ils perçoivent chez moi comme une forme de disponibilité.

Le client lambda a, à tort, l'impression que son avocat n'est jamais disponible ou très peu.

Dès lors, quand vous faites montre de disponibilité ainsi que d'une certaine forme de diligence, cela conforte votre client dans l'idée que vous n'êtes pas "un avocat comme les autres".

Le fait est que, le succès aidant, vous êtes condamné à devenir chaque jour un peu moins disponible que par le passé et donc à décevoir ceux de vos clients qui aimaient cette qualité chez vous.

Il est néanmoins dans l'ordre des choses et dans le fonctionnement de tout cabinet d'avocats que des clients réguliers partent un jour et que d'autres prennent leur place.

Le tout étant de faire en sorte que ceux qui partent, quelles qu'en soient les raisons, soient toujours moins nombreux que ceux qui décident de vous rejoindre.

samedi 11 août 2012

Dans l’air du temps

Je vais bientôt fêter mes 4 ans de barreau et passer par la même occasion dans ma cinquième année d’exercice.

Cela fait de moi un peu plus qu’un junior et un peu moins qu’un senior. Je suis donc un middle.

Si j’en crois les confrères avec lesquels je discute régulièrement, ce niveau d’expérience pousse encore plus que par le passé à une réflexion globale sur la suite de sa carrière d’avocat.

Certains estiment avoir fait le tour de la profession et souhaitent se réorienter en entreprise afin de devenir juriste alors que d’autres jouent à fond le jeu de la collaboration en espérant faire leur trou et réussir à gravir les échelons dans leur cabinet ou dans un autre.

Mais le sujet de discussion du moment est bel et bien celui de l’installation. Pour des raisons différentes d’ailleurs.

Quelques uns considèrent qu’ils ont suffisamment d’expertise pour pouvoir prétendre gérer seuls leurs propres dossiers, d’autres savent qu’ils ne veulent (ou ne peuvent) devenir associé au sein de leur structure. Ils ont souvent pour point commun d’avoir toujours poursuivi la volonté de créer leur cabinet et préparaient déjà ce moment dès le premier jour où ils sont devenus collaborateurs.

Cependant, à l’image de votre serviteur, beaucoup parlent d’installation sans avoir encore eu le courage de sauter le pas.

La crise (qui a toujours bon dos) n’incite pas vraiment à passer d’un statut où un virement est effectué chaque 29 du mois à celui d’une certaine forme d’incertitude du lendemain.

Le paradoxe est que malgré ce contexte défavorable les quelques personnes qui, autour de moi, ont tenté l’aventure risquée de l’installation ne l’ont vraiment pas regrettée.